1.2.1. La syntaxe générative: petit historique




Noam Chomsky

méth. distributionnelle

  morphème

C'est vers la moitié des années 50 qu'on doit remonter afin de bien comprendre les effets qu'auront eu les hypothèses de  Noam Chomsky sur l'étude de la syntaxe mais aussi sur la linguistique en général. Ce qui caractérisait les travaux des structuralistes américains de l'époque, en particulier ceux de Z.S. Harris et auparavant L. Bloomfield, c'est la  méthode distributionnelle. Selon cette méthode, la syntaxe est perçue en termes de la distribution des  morphèmes dans la phrase.

Selon Chomsky et d'autres, cette approche soulève des problèmes majeurs dont le plus important est sans doute le fait que les résultats qu'elle permet d'atteindre se présentent comme une classification descriptive des types d'occurrences observés dans le corpus à l'étude. Ces résultats n'ont aucune valeur de prédiction en ce sens qu'ils ne permettent pas de déduire ce qu'on s'attend de trouver à l'extérieur du corpus. Un autre problème, lié au premier, est qu'il s'avère impossible de caractériser les relations existant entre divers types de phrases. Par exemple, même au niveau intuitif, une phrase interrogative est similaire à la phrase déclarative correspondante.

 Chomsky (1957)

 syntagmes
 règles de réécriture
 troisième visite

Sur la base de ces problèmes,  Chomsky (1957) propose de modifier les procédés distributionnels de Harris pour en faire des règles pouvant servir à générer des phrases et des  syntagmes. Ce sont les règles syntagmatiques, ou  règles de réécriture, qui seront discutées en détail lors de la  troisième visite et dont la forme générale est:

X ---> Y Z

(i.e. l'élément X se réécrit Y, Z)

ou bien:

x

y         z

L'application de ces règles syntagmatiques donne les structures phrastiques possibles d'une langue et, donc, permet de faire des prédictions quant à la forme des phrases qu'on peut rencontrer dans cette même langue. Puisqu'il est possible de faire des prédictions, il devient aussi possible de les tester en comparant les résultats aux données d'un corpus ou du locuteur. Ce changement d'approche entraîne des conséquences multiples dans la pratique de la linguistique en général puisque la possibilité de tester doit être accompagnée d'une terminologie stricte, de formulations précises et de procédures d'évaluation devant guider dans le choix d'hypothèses concurrentes.





 niveaux de représentation:




 quatrième visite




 modèle distributionnel.

Le deuxième aspect problématique de la méthode distributionnelle, i.e. son incapacité de rendre compte des relations entre types de phrase, est contourné par le recours à deux  niveaux de représentation: la structure sousjacente et la structure superficielle. Ces deux niveaux, reliés par la composante transformationnelle, permettent de faire l'hypothèse qu'une phrase interrogative, par exemple, est une phrase déclarative sur laquelle des transformations ont été effectuées; voir la  quatrième visite. Comme on le conçoit bien, la postulation d'un niveau sousjacent entraîne automatiquement un certain degré d'abstraction dans l'explication, abstraction qui n'avait pas de place dans le  modèle distributionnel.









 Chomsky (1959)

















 données négatives








En plus des changements profonds apportés à la pratique de la linguistique, le développement de la grammaire générative transformationnelle aura eu des conséquences sur la place même qu'occupe la linguistique parmi les sciences humaines. L'attaque de  Chomsky (1959) contre l'approche behavioriste en psychologie démontre que les phénomènes langagiers ne sont pas réductibles au schéma «stimulus-réponse». Cette démonstration soulève ce qu'il est maintenant convenu d'appeler «le problème logique de l'acquisition du langage». La théorie générative permet la découverte de certaines propriétés des langues naturelles pour lesquelles il n'existe aucun stimulus dans l'ensemble des données auxquelles un enfant est exposé au cours des années où la langue se développe. Il s'en suit que ces propriétés doivent être innées et qu'aucun apprentissage véritable n'est impliqué dans leur développement; d'autres propriétés sont, elles, clairement «apprises». La tâche de l'enfant qui acquiert sa langue maternelle est donc similaire à celle du linguiste qui doit reconstruire le système grammatical d'une langue à partir des données qui lui sont disponibles mais cette analogie est imparfaite puisque, contrairement au linguiste, l'enfant n'a pas accès aux  données négatives que constituent, par exemple, les phrases agrammaticales. Le problème logique de l'acquisition du langage devient une dimension importante des travaux en linguistique et prend une valeur de procédure d'évaluation.



 règles syntagmatiques  transformations

En résumé, cette première période de l'histoire de la syntaxe générative se caractérise par le développement d'une théorie comprennant des  règles syntagmatiques et des  transformations. On peut affirmer que les changements dans la pratique de la linguistique découlent tous, d'une manière ou d'une autre, de cette façon d'aborder la faculté du langage.





 Chomsky (1965)

Jusqu'à 1977 donc, les travaux en grammaire générative transformationnelle ont fait ressortir la place importante que joue le concept de transformation tant au niveau descriptif que théorique surtout à cause de suggestions faites dans  Chomsky (1965). En fait, les transformations se sont avérées être le concept le plus important de la théorie, celui sur lequel l'explication repose presqu'exclusivement. Les transformations se sont, du coup, multipliées en touchant à divers aspects des propriétés syntaxiques des langues naturelles. Elles avaient toutes plus ou moins la même forme abstraite donnée ici :

W - X - Y - Z

1 2 3 4 ---> 3 - 1 - 2 - 4

(i.e. la suite WXYZ se transforme en une autre, ici YWXZ)

Les transformations acceptent les exceptions qui peuvent être intégrées dans leur formulation sous forme de conditions; elles peuvent, de plus, être ordonnées de façon à ce que le résultat de leur application se conforme à la réalité.

 Chomsky (1977)
 Chomsky &Lasnik(1977)

















 Déplacer -

 Chomsky (1977) et  Chomsky et Lasnik (1977) partent du principe que le concept de transformation, tel que conçu alors, est trop puissant en ce sens que tout (ou presque) est permis. Le concept même doit donc être réévalué ; et la solution proposée consiste en l'hypothèse qu'il existe des contraintes indépendantes qui permettent de réduire la capacité des transformations sans avoir à en compliquer la formulation. Certaines de ces contraintes s'avèrent bientôt être en fait des principes généraux et universaux de telle sorte que plus l'on découvrira de ces principes plus les règles transformationnelles pourront être réduites au maximum. On peut même imaginer que le concept de transformation peut se réduire à la simple expression « Déplacer-» (i.e. déplacer n'importe quoi, n'importe où) et que les résultats indésirables seront bloqués par les principes généraux.




 Chomsky (1981)

C'est la direction adoptée par les tenants de la théorie des principes et paramètres (souvent appelée la théorie du gouvernement et du liage ou GB), dont les fondements principaux ont été établis dans  Chomsky (1981) et dont il sera question dans les visites suivantes. On a affaire ici à un changement radical dans le paradigme; la théorie devient de plus en plus abstraite et donc simple d'un point de vue scientifique.



 Chomsky (1995)

Cette tendance se poursuit maintenant depuis le début des années 90 avec le programme minimaliste ( Chomsky 1995) qui introduit des concepts d'économie dans la dérivation des énoncés et qui accorde une plus grande importance aux niveaux d'interface avec les systèmes phonologique et interprétatif en supposant qu'une grande partie des propriétés d'une dérivation sont déterminées par des conditions déterminées par ces interfaces.


SYNTAXE THÉORIQUE