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Le XIXe siècle électronique

Le XIXe siècle et les recherches sur Internet

2. Stendhal

Au moment de préparer ce texte et après avoir passé plusieurs heures (pour ne pas dire jours....) sur Internet sur les traces du maître de l=ironie, je suis frappé non seulement par les merveilles de la technologie moderne qui nous permet de nous rendre en quelques secondes dans un site situé à l=autre bout du monde, mais aussi et surtout par la nécessité d=une politique raisonnée, pour les chercheurs que nous sommes, à propos du contenu intellectuel des sites et de l=organisation de ce contenu. Pourtant je me rends compte qu=il s=agit-là d=un vœu pieux qui a peu de chances de se réaliser tellement l=anarchie règne dans la diffusion des informations à l=ère électronique. La rapidité et la facilité d=accès aux informations sont l=atout d=Internet, mais aussi son plus grand danger. Il n=y a plus de comités de lecture pour cautionner telle ou telle publication, plus de maisons d=éditions avec leurs équipes de spécialistes dont la tâche est de mettre en valeur, au moyen de la typographie et d=une tradition qui a évolué au cours de cinq siècles, un travail longuement mûri. Chacun devient éditeur s=il le veut et monte son site sans le moindre contrôle extérieur ... intellectuel ou esthétique. Qui entreprend des promenades stendhaliennes cybernautiques s=en rend rapidement compte...

Il existe grosso modo trois types de site consacrés à Stendhal — des sites universitaires, des sites d=amateurs de Stendhal (dont ceux consacrés à la maison Stendhal ou au musée Stendhal) et des sites qui rendent accesssibles des textes numérisés. Ils sont de qualité et de goût extrêmement variable.

Commençons par les amateurs de Stendhal et un petit site un tantinet amusant, monté par Kathy Koberstein à Washington and Lee University aux États-Unis, qui recense une centaine de pseudonymes utilisés par Henri Beyle : http://www.wlu.edu/~kkoberst/stendhal.htm. On découvrira également outre-Atlantique une page très sommaire montée par W.G. Allen de Furman University, destinée sans doute à des étudiants de premier cycle. Son intérêt principal réside en le beau portrait de Stendhal qui y figure : http://www.furman.edu/~ballen/fr32/stentemp.htm. Outre Manche Jonathan Temple vise un public anglophone connaissant moins bien Stendhal : http://hicks.nuff.ox.ac.uk/Users/Temple/stendhal/stend2.htm. Lorsqu’on se tourne vers la France une rapide excursion vers Marseille met en relief un fait divers de la vie de Stendhal, sa rencontre dans cette ville avec Mélanie Guilbert : http://www.ac-aix-marseille.fr/etablis/lycees/hugo/XIXsiecle/stendhal.htm. En territoire grenoblois, comme il se doit, l’amateur de Stendhal découvrira d’une part la page, très simple, qui présente le musée (site disparu) et d’autre part celle qui le mettra « Sur les pas de Stendhal » en lui permettant de s’imaginer sous la treille du maître…http://www-pole.grenet.fr/POLE/RICHES_HEURES/frame3.htm. page qui permet de retrouver la Maison Stendhal (site disparu) Ce sont là les principaux sites destinés aux curieux de l’auteur du Rouge et le Noir. Il en existe quelques autres mais qui ne valent pas le détour…

Les sites proprement universitaires se situent au Japon et en France – chose étrange il n’y en a pas au nouveau monde. Yuichi Kasuya a mis en ligne un certain nombre de ses articles sur Stendhal, publiés au Japon et difficilement accessibles... http://web.kanazawa-u.ac.jp/~kasuya/toppage.html. Grenoble est le centre où sont réunis les meilleurs sites pour les «  Happy few ». C’est ainsi qu’on lira avec intérêt l’article de François Bonnet sur « Les origines lantieres des ancêtres de Stendhal » (http://www.ac-grenoble.fr/vercors/cahier-du-peuil/numero-1/beyle.htm ». Le très beau site du Centre d’Études Stendhaliennes et Romantiques (http://www.u-grenoble3.fr/stendhalia/) est extrêmement utile, mais la palme d’or est réservée pour l’incontournable Stendhal (Henri Beyle) de Jean-Yves Reysset (http://www.armance.com/) qui constitue un modèle à suivre pour tous ceux qui sont tentés par l’idée de monter un site internet. En plus d’une documentation étendue, ce site présente des points de repère indispensables. Une seule déception : la rubrique « iconographie » renvoie à des livres importants mais ne donne pas en ligne de portraits ou d’images de Stendhal. C’est dommage, car l’un des points forts d’Internet est la possibilité de mettre à la disposition des intéréssés une abondante iconographie. Ceci dit, le site est remarquable.

Bon nombre de chercheurs s’intéressent aujourd’hui aux possibilités offertes par l’informatique en matière d’analyse textuelle – d’où le foisonnement de cédéroms consacrés à différents auteurs et de banques de données où l’on peut télécharger des textes en ligne. Dans ma précédente chronique j’ai émis une mise en garde à propos de la qualité des textes que l’on trouve sur Internet. Je renouvelle cette mise en garde pour les textes de Stendhal. À vrai dire la situation actuelle est navrante. Seul le site Gallica de la BnF donne des indications bibliographiques précises à propos des textes numérisés (http://catalognum.bnf.fr/html/i-frames.htm) et là encore, sur 179 de ces textes 176 sont numérisés à partir d’éditions modernes ou relativement modernes et 3 seulement sont consultables (Amitié amoureuses [Document électronique] / Mme Lecomte Du Nouy ; [préf. fragmentée de Stendhal] Numérisation BnF de l’édition de Paris : Calmann Lévy, [1901] ; D’un nouveau complot contre les industriels [Document électronique] / par M. de Stendhal Numérisation BnF de l’édition de Paris : Hachette, 1977. Reprod. de l’éd. de Paris : Sautelet, 1825 ; Racine et Shakespeare [Document électronique]. [1] / par M. de Stendhal Numérisation BnF de l’édition de Paris : Bossange, 1823) – tous les autres sont protégés « au titre de la propriété littéraire et artistique ». Le site ABU (sans jeu de mots) donne les titres suivants (http://cedric.cnam.fr/ABU/BIB/auteurs/stendhal.html) : Chroniques italiennes ; Armance ; Mémoires d’un touriste (Voyage en Bretagne et en Normandie) (1838) ; La Chartreuse de Parme ; Le Rouge et le Noir. Pourtant le statut bibliographique de chacun de ces titres et la qualité de la numérisation sont incertains. « La numérisation a été effectuée sur une édition courante datant de l’entre-deux-guerres. Nous n’avons pu établir sur quelle édition le texte en était établi (en tout cas, par confrontation avec les variantes publiées par l’éd. Del Litto, il ne s’agit pas de celle de 1855) » lit-on à propos des Chroniques italiennes. Ce n’est guère rassurant. Un plus gros effort a accompagné la préparation du Rouge et le Noir mais là encore on aurait souhaité une justification précise du choix de texte de base. Il en va de même pour tous les autres sites où des textes sans provenance sont proposés à l’utilisateur non-averti : le site Gutenberg (http://promo.net/pg/index.html) propose 6 titres – Les Cenci, La Chartreuse de Parme, La Duchesse de Palliano, L’Abbesse de Castro, Le Rouge et Le Noir et Vittoria Accoramboni ; un professeur de l’université de Waterloo (disparu) fournit une quelconque version du Rouge et le Noir et d’Armance ; de même les services culturels (disparu) dans « une petite bibliothèque portative » donnent 3 titres intéressants (L’Abbesse de Castro, Le coffre et le revenant, Notice sur M.Beyle par lui même). La Bibliothèque électronique de Lisieux (http://www.bmlisieux.com/) donne également la Notice sur M.Beyle par lui même avec la précision que la numérisation a été effectuée à partir de la première édition de 1893 (sans donner le lieu de publication ni le nom de l’éditeur …..).

Une telle situation est consternante. Il va de soi que toute recherche doit être fondée sur un objet dont on connaît le statut épistémologique, en l=occurrence le texte ou le corpus soumis à l=étude. Or, la pratique est tout autre. Par contre, il y a de fortes raisons d=être exigeant lorsqu=on se sert d=un instrument aussi puissant que l=ordinateur et d=une aussi grande précision que certains logiciels. Lorsque Hyperbase (http://134.59.31.3/~brunet/pub/commande.html), par exemple, relève comme statistiquement significatif le nombre de points ou de virgules dans un texte donné, encore faut-il être certain que ces points ou ces virgules devraient être là avant de se livrer à une hypothèse portant sur l=emploi de la virgule et du point dans les œuvres de Victor Hugo (sujet d’une thèse soutenue à l’université de Nice). Les statisticiens savent que suivant l=ordre de grandeur de la population étudiée il suffit de peu d=exemples erronées pour faire basculer un exemple de la catégorie * non-significatif + à celle de * significatif +. En effet, plus l=instrument dont on se sert est précis, plus on doit être certain du bien-fondé des informations auxquelles on l=applique. Lorsqu’on ouvre un livre on a tout de suite devant soi les informations pertinentes portant sur l’édition dont on se sert. Il devrait en aller de même pour les textes numérisés. L’idéal serait une infothèque où les textes de base auraient été choisies par des textologues et où l’utilisateur aurait à sa disposition le même texte en mode image et en mode texte. Nous en sommes encore loin cependant. La présente enquête révèle que les stendhaliens sont particulièrement mal servis sur le plan des textes numérisés. Espérons que la BnF relèvera le défi….

 

Andrew Oliver

Université de Toronto