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Le XIXe siècle électronique

3 Ressources.../ Victor Hugo

La présente chronique se compose de deux parties distinctes, d'où le sous-titre un peu sybillin. La première recense un certain nombre de sites présentant un ensemble d'études ou de liens d'intérêt général pour le dix-neuvièmiste, la deuxième explore ceux qui sont consacrés au géant parmi les colosses qui ont enjambé le siècle...

Comme chacun le sait l'informatique affecte ou informe toutes les facettes de la vie moderne ou presque y compris la façon dont le chercheur entreprend sa tâche et organise son travail. Car l'informatique, grâce à sa puissance, et Internet, grâce à l'illimité des possibles de mise-à-disposition d'informations et de savoirs, impose une nécessaire discipline dans l'organisation voire l'hiérarchisation de ces informations et de ces savoirs. D'où la complexité de l'arborescence de certains sites internet qui ne fait pas autre chose que refléter la complexité des informations présentées. Ce qui entraîne la constatation suivante : recenser ou cataloguer des sites existants est une activité beaucoup plus simple que la création d'un nouveau site — qui implique pour un site qui vaille et pour les chercheurs que nous sommes un effort semblable à la rédaction d'un petit livre. Une telle constatation explique les raisons pour lesquelles il est plus facile d'applaudir des sites de cataloguage que des sites qui cherchent à présenter dans toute sa complexité un sujet ou un auteur. En effet rares sont ceux qui ont investi l'effort nécessaire pour présenter sur Internet des sites susceptibles de capter l'attention de spécialistes. (Ajoutons, car nous vivons à une époque où les comptables font la loi, l'institution universitaire n'a pas encore reconnu comme activité professionnelle la création de sites internet. Ceci explique en quelque sorte cela....)

Il existe quantité de sites de type * Ressources + d'excellente qualité qui serviront de point de départ à une exploration cybernautique. Commençons par une excursion outre-Manche afin de rendre visite au Centre for Computing in the Humanities, King's College, université de Londres (http://www.kcl.ac.uk/humanities/cch/resources.html) où lon découvre de précieuses informations bibliographiques C une seule tocque cependant à cause de son ethnocentrisme anglosaxon ! Comme l’indiquent les catégories énumérées sur ce site (Resource materials for humanities computing; Bibliographies of the field ; Collections and compendia for humanities computing ; Digital imaging ; Electronic publishing ; Software ; Web design and authoring ; Art sites ; Servers) il s’y présente un tour d’horizon de l’informatique en sciences humaines de toute première qualité (même s’il serait souhaitable qu’une mise à jour soit pratiquée qui tienne compte des ressources disponibles dans d’autres pays et dans d’autres langues que celle de Shakespeare!).

Toujours en Angleterre, mais avec une perspective à la fois plus élargie (internationale) et plus restreinte puisqu’il vise le seul XIXe français, se trouve l’indispensable http://www.bristol.ac.uk/dix-neuf/ de Tim Unwin, connu aujourd’hui de tout dix-neuvièmiste. On y trouve les rubriques suivantes: liste électronique DIX-NEUF; Annonces et actualités; Colloques et expositions; Publications, contacts, sociétés ; Littérature (A). Bibliothèques et textes en ligne; (B). Sites de recherche et autres sites littéraires; C. Auteurs du XIXe siècle ; Publications en ligne du groupe XIX; Musique ; Philosophie et politique; Histoire et société ; Science, médecine, technologie ; Francophonie ; Bibliographies ; Iconographie ; Autres sites sur le XIXe siècle. Le site ne prétend pas à l’exhaustivité mais les liens sont de qualité et constamment mis à jour.

De retour dans l’Hexagone signalons le Catalogue critique des ressources textuelles sur Internet de l’INALF-CNRS : http://www.terminalf.net/ccrti/ Comme l’indique la présentation « Ce catalogue critique des ressources textuelles sur internet (CCRTI) a pour but d'aider les internautes en quête de textes littéraires en langue française à sélectionner, parmi les nombreux sites qui diffusent des ressources textuelles en ligne sur la Toile, ceux qui présentent les caractères les plus sérieux tant sur le plan du traitement éditorial que numérique des textes.» Ce serait là une première tentative d’introduire un peu de rigueur dans un domaine où jusqu’ici le laxisme prévaut (voir les chroniques publiées dans Dix-neuvième siècle, nos. 30 et 31 http://www.chass.utoronto.ca/french/xix/chronique/index.html et http://www.chass.utoronto.ca/french/xix/chronique2/index.htm). Les fiches descriptives sont extrêmement utiles ainsi que le moteur de recherche du site à plus forte raison que l’on peut spécifier les critières de sélection des textes. Expérience révélatrice : lorsqu’on coche les cases « Oui » portant sur le choix de textes d’après « Le traitement éditorial » dans les catégories suivantes : Référence à l'édition papier numérisée ; Indication de la pagination de l'édition papier numérisée ; Indication de la date de publication des textes ; Présence d'une notice bibliographique on obtient trois résultats seulement ! http://www.etcl.nl/charriere/ (Mme de Charrière) http://philos.wright.edu/DesCartes/Meditations.html (Descartes) http://www.sjsu.edu/depts/foreign_lang/Constant/constant.html (Bertrand de La Borderie). C’est consternant. Manifestement, dans la numérisation de textes littéraires le désir de faire vite l’emporte sur les précautions bibliographiques les plus élémentaires. Par contre si on n’utilise pas ces filtres de sélection le CCRTI nous renvoie à des sites dont le procès n’est plus à faire... (Notons entre parenthèses l’absence dans la base de données du CCRTI d’auteurs pour lesquels il existe néanmoins des textes numérisés de qualité, dont Balzac). Il faut espérer que le CCRTI redoublera ses efforts en répertoriant encore plus de sites et en éliminant toute référence à ceux où la qualité des textes est plus que douteuse.

Toujours dans le domaine des répertoires de ressources cybernautiques le site SILFIDE (Serveur Interactif pour la Langue Française, son Identité, sa Diffusion et son Étude) vaut le détour : http://www.loria.fr/projets/Silfide/informations/Autres-sites.html. L’on y découvre non seulement des liens vers des répertoires de textes numérisés, mais aussi vers des sites où l’on peut télécharger des logiciels (souvent à titre gratuit) favorisant l’analyse des textes. Une fiche descriptive des différents sites aide l’utilisateur à décider si oui ou non il veut poursuivre sa recherche, mais il n’existe aucune présentation raisonnée du choix de sites répertoriés.

Dernier de la première partie de cette chronique le site de Christian Lacourière à l’université de Muenster (http://www.uni-muenster.de/Romanistik/Lacouriere/Litterature-19-1.htm) constitue un effort remarquable pour un seul individu. Il recense non seulement des sites sur le XIXe mais aussi sur la littérature française de toutes les époques. Un seul inconvénient — la dernière remise à jour remonte en avril 1999 et certains liens ne sont plus valables. Ceci dit le site vaut certainement trois tocques....

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Avant d’entreprendre ma quête cybernautique de Victor Hugo, j’avais imaginé de très beaux sites mettant en valeur les divers aspects de la vie et de l’œuvre de ce monstre des lettres françaises — des pages avec photos de l’homme et de sa famille à différentes époques, des pages sur Guernesey et l’exil, des pages sur l’homme de théâtre avec gravures de représentations d’Hernani ou de Ruy Blas, des pages sur l’homme politique, sur le romancier et sur le poète avec reproduction de manuscrits et de manifestes, des pages explorant ses rapports avec Adèle et avec Juliette Drouet. La déception n’aurait pu être plus grande. Tout reste à faire ou à peu près et aucun des nombreux sites consacrés à Hugo ne lui rend justice. Certains offrent un sérieux universitaire (http://groupugo.div.jussieu.fr/), d’autres une certaine harmonie visuelle (http://poetes.com/) mais aucun n’est véritablement aux prises avec l’homme et son génie. Certes le défi est grand, mais jusqu’ici personne n’a voulu le relever...

Du côté positif on ne peut qu’admirer la chronologie quasi exhaustive (comprenant également les grands événements littéraires) établie par le groupe Hugo de Paris VII (http://groupugo.div.jussieu.fr/groupugo/ChronoHugo.htm) mais on souhaiterait que la navigation du site soit moins rébarbative et qu’il adopte une présentation visuelle plus attirante.

C’est l’amateur de poésie qui est visé par les pages créées par Jacques Lemaire (http://poetes.com/) et c’est avec plaisir qu’on les explore. Les tentatives pour associer une iconographie d’époque avec les thèmes poétiques présentés (portrait de Bonaparte par David associé au poème "C’est une chose grande" "Cimetière au bord du lac" de Gustave Doré avec "Demain dès l’aube", par exemple) sont réussis. Le site est consacré au Romantisme, à Baudelaire, à Verlaine et à Rimbaud et constitue un petit bijou technologique avec ses menus qui se déferlent lorsque la souris s’en approche, son arborescence claire qui rend la navigation la plus simple possible. Sur un plan purement visuel et ludique le modèle qui est ici proposé trouvera certainement des disciples. Et pour de simples amateurs de poésie il serait difficile d’imaginer mieux. Le site risque de laisser l’élève du bac sur sa faim, cependant. Il propose un contexte historique sommaire, et, en ce qui concerne Hugo, un index des titres et un choix de poèmes puisé dans les principaux recueils. Il y a même une tentative d’annoter les poèmes choisis. Ceci, par exemple, à propos de "Demain dès l’aube" :

« Pour comprendre ce poème, il faut savoir qu'il a été composé la veille du quatrième anniversaire de Léopoldine, la fille de Victor Hugo, morte noyée, près de Villequier, le 4 septembre 1843. Hugo reprend ici le thème du deuil qui isole, tout à fait comme dans Veni, Vidi, Vixi. »

De tels commentaires seront utiles pour certains, mais ils seront bien en deça des attentes de la plupart des utilisateurs. Par contre on doit féliciter l’auteur du site sur sa décision d’inclure les principales préfaces, mais on regrette l’absence de précisions bibliographiques portant sur les éditions utilisées ce qui est vrai d’ailleurs de la plupart des textes présentés.

Les possibilités pédagogiques offertes par un site internet sont amplement mis en évidence par Jean-Claude Cau, enseignant à Perpignan, qui fournit aux élèves du bac d’excellentes ressources sur « Les Châtiments » (http://www.multimania.com/jccau/ressourc/hugo/index.htm) y compris des liens vers d’autres sites traitant du même sujet, dont celui de Marie-Luce Colaterella (http://www.lettres.net/chatiments/hugo-presgen.htm), un plan de travail établi par Christine Guillou (http://www.ac-versailles.fr/pedagogi/Lettres/hchatim0.htm), une séance didactique en 12 séances de Frédéric Dinel (http://lastrolabe.free.fr/hugo.htm) ainsi que la curieuse page de Christian Mathis (http://members.aol.com/crismatis/chatiments.html) sans compter celle (bien faite) proposée par l’académie de Strasbourg (http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/index.htm). Ce dernier site illustre parfaitement d’ailleurs l’une des frustrations que l’on rencontre trop souvent, celle de cliquer sur un lien avec pour seul résultat le message suivant : « Désolé... Vous n'avez pas accès à ce répertoire, qui ne contient que des données de services. Veuillez utiliser le lien ci-dessous pour revenir à la page d'accueil de notre site. »

Signalons enfin pour terminer cette promenade hugolienne un site en Finlande du même type que les précédents ( http://www.kirjasto.sci.fi/vhugo.htm) destiné aux élèves de lycée ; http://www.geocities.com/Paris/Rue/9847/liens.htm qui s’affiche comme « Les meilleurs pages hugoliennes » mais dont certains liens conduisent vers des sites d’intérêt variable y compris des pages publicitaires pour un commerce! http://www.de-cujus.com/dossiers/hugo/hugo_genea.html qui présente la généalogie de la famille Hugo ; http://perso.infonie.fr/rocbo/Max/culture/graph/hugo.htm où l’on découvre trois dessins de Hugo ; http://www.microtec.net/pcbcr/hugo.html site essentiellement en noir et blanc qui n’ajoute pas grande chose à ceux déjà décrits.

Jusqu’ici il semblerait qu’indépendamment de sites de recensement de ressources, Internet soit l’apanage du secondaire et d’amateurs passionnés. Les universitaires ne semblent pas encore avoir mis à profit au même degré les possibilités offertes par cette nouvelle forme de communication et de recherche. Certes il existe des exceptions (qui seront explorés dans des chroniques futures), mais elles sont trop rares. Sans doute le médium est-il trop nouveau pour que la race plutôt conservatrice qu’est la nôtre y consacre le temps et l’effort nécessaire au développement de sites de qualité. C’est pourtant la voie de l’avenir et il faudrait que nous nous y mettions de manière sérieuse — avant que les déceptions sur le plan du contenu et de la méthodologie ne détournent tout utilisateur sérieux d’un instrument de travail doté de possibilités dont nos ancêtres n’auraient pu que rêver.

Andrew Oliver

Université de Toronto