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Le XIXe siècle électronique

 6 Henri Benjamin Constant de Rebecque, Madame de Charrière et Madame de Staël

 

Les cinq chroniques précédentes ont pris pour objet certains des grands auteurs autour desquels on pouvait être plus ou moins sûr de trouver des sites d’un intérêt certain.  Par contre, les lignes qui suivent sont le résultat d’une enquête menée dans le but de voir si les partisans d’auteurs qui n’ont pas le statut de Stendhal, de Balzac ou de Flaubert avaient le même enthousiasme cybernautique que leurs confrères stendhaliens, balzaciens ou flaubertiens. Mon hypothèse de travail était que les fervents de Benjamin Constant et de Madame de Staël  démontreraient un sérieux à toutes épreuves dans le développement de sites internet  et que ces sites n’auraient rien à craindre d’une comparaison avec les meilleurs sites consacrés aux « grands ». Je n’avais pas entièrement tort. 

Il existe essentiellement trois types de site Constant : le site destiné au généraliste  présentant une vision historique de l’homme et de l’œuvre (c’est le cas de Marc Nadaux et de sa page http://www.histoire.org/19e/Personnages/constant.htm ainsi que d’une encyclopédie québécoise cherchant à présenter, d’une manière très dense, un maximum d’informations [http://agora.qc.ca/mot.nsf/Dossiers/Benjamin_Constant]); celui du passionné du libéralisme historique qui voit en Benjamin Constant  l’un des grands porte-drapeaux  de cette doctrine (http://www.catallaxia.org/catallaxia/Auteurs/constant1.html et http://www.solonian.com/journal/reprints/sr002.html où le texte de De la Souveraineté du peuple est présenté); enfin le site proprement universitaire, tel l’essai de Sabina Kruszyñska (http://www.dipmat.unipg.it/~bartocci/ep5/ep5-kruszyn.htm) sur  « De la Religion  — Le fondement épistémologique et métaphysique », ou le site capital de l’Institut Benjamin Constant, hébergé à la faculté des lettres de l’université de Lausanne (http://www.unil.ch/ibc/). L’Institut est bien connu pour les activités de recherche qu’il anime, clairement présentées sur son site. Il a pour principales tâches (je cite)

  • La gestion de la documentation constantienne.

  • La constitution d'une bibliothèque sur Constant et la période 1750-1830.
  • La publication d'inédits et la rédaction d'articles scientifiques.
  • La collaboration avec l'Association Benjamin Constant, notamment pour la publication des Annales Benjamin Constant.
  • L'élaboration d'instruments de travail: Bibliographie, Chronologie, Catalogue des manuscrits; Ecrits sur la religion.
  • La collaboration aux Oeuvres complètes de Benjamin Constant, notamment dans le cadre de mandats du Fonds national suisse de la Recherche scientifique.
  • La collaboration avec le Département des manuscrits de la BCU pour l'exploitation des fonds Constant.
  • L'encadrement des chercheurs et des étudiants, mémorants et doctorants (encouragement de la relève universitaire).
  • L'organisation d'expositions, de conférences et de colloques

Il s’agit là d’un programme ambitieux, en cours de réalisation, dont le site fait état. En effet une série de boutons renvoient aux diverses activités ou points de repères :  le premier, abusivement nommé repères bibliographiques (au lieu de biographiques), ouvre sur une chronologie sommaire de la vie de Constant; le second, publications donne la liste des publications du centre depuis 1999 dont les Annales Benjamin Constant, organe officiel de l'Association Benjamin Constant (troisième bouton); on découvre justement à la page consacrée à ces Annales la table des matières des vingt-cinq livraisons publiées jusqu’ici (1980-2001); un autre bouton permet de découvrir les réalisations de l’équipe chargée d’établir les Œuvres complètes — huit volumes jusqu’ici, publiés chez Max Niemeyer Verlag (1993-2001) (http://www.niemeyer.de/mcgi/shop/produkt2.cgi?T=9922441097&aref=527), touchant aux divers genres pratiqués par Constant : écrits politiques, traité sur la religion, écrits littéraires, correspondance. L’on affirme que « L'ensemble réunira tous les textes connus de Benjamin Constant et donnera pour chacun de ceux-ci toutes les variantes et des notes explicatives. L'objectif est de livrer au public une édition savante, respectueuse de la forme originale des textes, et qu'on puisse tenir pour définitive. »

Un autre bouton encore, alléchant en apparence, invite à découvrir certain manuscrits de Constant reproduits en fac-similé. Malheureusement les échantillons sont fort peu nombreux et présentés sans identification aucune.

Le site se complète par une description de la provenance des divers fonds de manuscrits Constant notamment ceux de Lausanne et de la BN. En somme cette visite vaudoise est du plus grand intérêt pour le spécialiste — même si l’on regrette l’austérité de la présentation d’ensemble. Il faut espérer également que les responsables du site ajouteront une rubrique « Bibliographie » où seront répertoriés tous les livres et articles consacrés à l’auteur d’Adolphe. Un tel instrument de recherche rendrait ce site absolument indispensable.

L’Institut Benjamin Constant propose également une série de liens vers d’autres sites dont les plus importants sont ceux consacrés à Mme de Charrière et à Mme de Staël et sur lesquels je reviendrai. On s’étonne cependant de l’absence de liens vers des sites où l’on trouve des textes numérisés. Il n’y a même pas de lien vers un site qui s’inspire directement des travaux du centre, soit http://134.2.56.108/cgi-bin/show8 Benjamin Constant en ligne… recherche (« Ce site vous permet de faire des recherches de chaînes de caractères dans les œuvres de Benjamin Constant. Le texte de base est celui de l'édition des oeuvres complètes parues chez Max Niemeyer Verlag sous la direction de Paul Delbouille. »), site on ne peut plus utile pour les recherches lexicales dans l’œuvre constantienne, même si on  ne peut limiter la recherche à une seule œuvre ou à une série d’œuvres de son choix. Or, plusieurs sites présentent des textes numérisés : http://www.bmlisieux.com/archives/chevalie.htm Les chevaliers : roman héroïque, (1779). Texte établi sur un exemplaire (coll. particulière) de l'édition originale donnée à Paris en 1927 par S. Kra, avec un avant-propos de G. Rudler; le serveur Gallica http://gallica.bnf.fr/ donne une vingtaine de titres allant des Mélanges politiques et historiques relatifs aux événemens contemporains. Tome second / par MM. Benjamin-Constant, Ganilh, De Pradt... [et al.], (Paris : Librairie américaine, 1829) à De la Religion considérée dans sa source, ses formes et ses développements (Paris : Bossange père, 1824), à Principes de politique (Paris : Guillaumin, 1872) et aux œuvres proprement littéraires dont Wallstein (Paris : J. J. Paschoud, 1809), Le Cahier Rouge (Paris : Calmann-Lévy, 1907) et Adolphe (Paris : Garnier, 1985); et le site Athena, http://un2sg4.unige.ch/athena/html/swis_txt.html, donne également un inventaire complet de textes disponibles sur internet (même si certains liens sont périmés — notamment à l’ABU [http://cedric.cnam.fr/ABU/], où aucun texte de Constant n’est disponible à l’heure actuelle).

 

On connaît l’influence d’Isabelle Van Tuyll van Serooskerken sur le jeune Constant, influence à laquelle Adolphe rend hommage grâce au portrait inspiré d’elle dressé dans le premier chapitre : « J'avais à l'âge de dix-sept ans vu mourir une femme âgée, dont l'esprit, d'une tournure remarquable et bizarre, avait commencé à développer le mien. Cette femme, comme tant d'autres, s'était, à l'entrée de sa carrière, lancée vers le monde, qu'elle ne connaissait pas, avec le sentiment d'une grande force d'âme et de facultés vraiment puissantes. Comme tant d'autres aussi, faute de s'être pliée à des convenances factices, mais nécessaires, elle avait vu ses espérances trompées, sa jeunesse passer sans plaisir; et la vieillesse enfin l'avait atteinte sans la soumettre. Elle vivait dans un château voisin d'une de nos terres, mécontente et retirée, n'ayant que son esprit pour ressource, et analysant tout avec son esprit. Pendant près d'un an, dans nos conversations inépuisables, nous avions envisagé la vie sous toutes ses faces, et la mort toujours pour terme de tout; et après avoir tant causé de la mort avec elle, j'avais vu la mort la frapper à mes yeux. ». Le site www.belle-van-zuylen.eu présente une image complète de la vie et de l’œuvre de l’extraordinaire Hollandaise qui devint une des plus célèbres auteurs d’expression française de son époque. Simple dans sa conception et dans sa présentation, ce site permet de se familiariser avec un certain nombres d’œuvres difficilement accessibles dont Mistriss Henley , http://www.belle-van-zuylen.eu/site-charriere/fra/oeuvres.htm, Trois femmes, http://www.belle-van-zuylen.eu/site-charriere/fra/oeuvres.htm, un choix de lettres des correspondances avec Constant d'Hermenches et Benjamin Constant, Le Noble (d'après l'édition de Ph. Godet, 1908), Lettres écrites de Lausanne & Caliste ou Suite des Lettres écrites de Lausanne (d'après l'édition de Sainte-Beuve, 1845) et Lettres neuchâteloises (d'après l'édition de Ph. Godet, 1908). Il présente en outre un certain nombre d’articles critiques, en ligne, signés par les meilleurs spécialistes ainsi qu’une bibliographie extrêmement bien faite. Ajoutons à ceci quelques extraits musicaux auxquels Mme de Charrière aurait collaboré (http://www.belle-van-zuylen.eu/site-charriere/articles/filmusic.htm) et l’on se fait une idée précise de cet excellent petit site.

J’aimerais pouvoir en dire autant des pages consacrées à la femme qui domina l’existence de Constant pendant de nombreuses années. Malheureusement le site de la Société des études staëliennes, http://www.stael.org/index.php3,  est bien en deça de ce que l’on aurait pu espérer découvrir. Indépendamment d’une chronologie détaillée et d’un essai biographique, bien fait mais sans signature, peu de choses retiennent ici l’attention. Le design insolite et un peu vieillot n’est pas fait pour encourager une visite prolongée même si la bibliographie est bien garnie. En outre, contrairement au site consacré à Madame de Charrière, les pages ici sont longues à charger sur écran. On est déçu également par les hyperliens proposés : si l’on recherche des textes numérisés un seul site est proposé, http://www.cavi.univ-paris3.fr/phalese/corinne/index.htm et là encore il s’agit non d’un texte numérisé mais d’un index, fort utile, certes, qui permet de faire des recherches lexicaux dans Corinne. Il est vrai que le site de la Société des études staëliennes est conçu comme un travail collectif auquel les amateurs de Madame de Staël sont invités à participer. On souhaiterait cependant qu’un des nombreux spécialistes de l’œuvre de cette femme remarquable prenne les choses en main et donne davantage de direction au développement du site.

 Il semblerait que Madame de Staël n’ait pas encore attiré l’attention des vrais internautes car les renseignements à glaner sur cette adversaire de Napoléon sont assez maigres. Les lycéens auront un aperçu rapide grâce au site de l’Académie de Strasbourg (http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/lettres/Victor%20Hugo/Notes/Stael.htm) et un enseignant de l’Arizona a mis en ligne une biographie beaucoup plus ample (http://www.asu.edu/clas/dll/fre/494/frewomen/Stael-biographie.htm). On peut en outre faire une visite agréable au château de Coppet (http://www.swisscastles.ch/vaud/coppet/) et admirer la belle chambre de l’auteur de Corinne ainsi que celle de Madame Récamier. Toujours est-il que le seul site véritablement utile au chercheur est celui de la bibliothèque de Paris III (http://bucensier.univ-paris3.fr/Bibliogr/V_stael.htm) qui donne un excellent répertoire bibliographique. Il se complète par le catalogue des ressources du Centre d’études du XIXe Joseph Sablé de l’université de Toronto (http://www.chass.utoronto.ca/french/sable/recherche/banques/femmes/auteures/stae.htm). De tels répertoires sont de véritables instruments de recherche d’une valeur inestimable car ils font gagner énormément de temps au chercheur. Ce sont pourtant des listes cataloguées, rien d’autre. Le moment viendra où de telles listes s’accompagneront d’hyperliens permettant d’accéder directement au document que l’on désire consulter. Ce sera là le paradis de la recherche. Malheureusement ce n’est pas pour demain.